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N° 125 – Décembre 2011-Janvier 2012


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Quand développement économique ne rime pas avec droit au logement

Même si elles sont séparées par près de 1400 kilomètres, Sept-Îles et Rouyn-Noranda sont aux prises avec des problèmes similaires de pénurie de logements locatifs et d’inertie du marché privé de l’habitation.


Sept-Îles : quand il y a des logements, ils sont trop chers

Lors d’une manifestation qui a réuni 130 personnes à Sept-Îles, le 5 octobre, Doris Nadeau, porte-parole d’Occupation Quadruple, comité de travail sur le logement de la table Action pauvreté Sept-Îles, y a vu le signe que « le développement économique accéléré ne va pas toujours de pair avec le respect du droit au logement ». Il a rappelé que le taux de chômage n’était plus que de 6,5 % sur la Côte-Nord en août 2011, alors qu’il était de 7,9 % un an plus tôt, mais en s’empressant d’ajouter : « Il faut maintenant que le logement suive ! ».

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Dans les rues de Sept-Îles (photo : Réal Michaud).

Les logements locatifs y sont en effet très rares depuis des années. Alors que le taux de logements inoccupés devrait être de 3,0 % pour que le marché soit équilibré, il a varié entre 0,6 % et 1,2 % à Sept-Îles depuis 2007. En avril dernier, il n’était plus que de 0,2 % dans les grands logements pour familles.

On aurait pu s’attendre à ce que le marché se mette à construire davantage d’appartements locatifs pour combler le manque actuel. Or, c’est tout le contraire qui s’est produit. À peine 3 logements locatifs ont été mis en chantier entre 2007 et 2010. Un certain déblocage a eu lieu en 2011, grâce à un programme d’aide financière de la municipalité. Ainsi, le 1er novembre dernier, Sept-Îles a présenté un projet de construction de sept immeubles locatifs, totalisant 62 unités de logement qui devraient être prêtes à la fin de 2012. Ça pourrait être une bonne nouvelle, si le prix minimum de location n’était pas de... 1280 $ par mois.

Or, les principaux perdants de la crise du logement qui sévit à Sept-Îles sont les ménages à faible et modeste revenus qui n’ont pas profité de la manne économique qui est tombée sur la Côte-Nord et qui n’ont pas les moyens de payer ce type de loyer.

Ajoutons que le chantier du barrage hydro-électrique de la Romaine et le développement l’entourant ont entraîné une pénurie dans des villes comme Havre-Saint-Pierre, ce qui a eu un effet domino sur Sept-Iles et même Port-Cartier. La directrice de l’OMH de cette ville, Manon Maltais, qui s’est déplacée pour la manifestation de Sept-Iles, a raconté comment le camping local était plein l’été précédent... en raison du manque de logements.

Pareil à Rouyn-Noranda

La manifestation de Sept-Îles n’était pas encore terminée qu’une autre marche se mettait en branle, celle-là à Rouyn-Noranda. Plus d’une centaine de personnes, dont de très nombreuses femmes, de même que des enfants, étaient au rendez-vous à l’invitation du Regroupement d’éducation populaire de l’Abitibi-Témiscamingue (RÉPAT). Elles se sont dirigées vers le bureau du député libéral Daniel Bernard qu’elles ont tapissé de petites maisons en carton sur lesquelles elles avaient écrit des témoignages sur les problèmes de logement vécus dans cette ville.

Le taux de logements inoccupés y est, pour une cinquième année consécutive, inférieur à 1 %. Dans le cas des logements familiaux de trois chambres à coucher et plus, il est carrément de 0 %. Cette pénurie, là aussi alimentée par le développement économique, a contribué à faire monter le coût moyen du logement de 18 % depuis 2005.

Or, comme à Sept-Îles, la construction de logements locatifs est inerte. Ainsi, 64 logements ont été mis en chantier en quatre ans et à peine 4 l’ont été de janvier à septembre 2011.

Ça pourrait être pire avec le Plan Nord

En Abitibi-Témiscamingue comme sur la Côte-Nord, la prospérité économique qui pourrait être entraînée par le Plan Nord du gouvernement Charest ne profitera pas à tout le monde. Elle risque au contraire de détériorer la situation déjà difficile vécue par les ménages à plus faible revenu. Les logements y demeureront très rares et de plus en plus chers.

Pour y faire face, il faut non seulement construire des logements locatifs, mais s’assurer qu’ils soient pleinement accessibles à l’ensemble des locataires. Or, le seul moyen d’y parvenir, c’est le financement de logements sociaux, ce que les manifestantes et les manifestants ont bruyamment rappelé, à Sept-Îles comme à Rouyn-Noranda.

 

Lévis : une pénurie qui ne finit plus

La pénurie de logements locatifs dure depuis pas moins de dix ans à Lévis, où le convoi de l’Est a manifesté, le 7 octobre, aux côtés de l’Association pour la défense des droits sociaux (ADDS) de la Rive-Sud et du Centre femmes L’Ancrage. À l’automne 2010, le taux de logements inoccupés n’était que de 0,7 % à Lévis et dans les villes environnantes, comme Pintendre. Il était, pour une deuxième année consécutive, de 0 % dans les grands logements pour familles. La municipalité s’est engagée à construire 125 logements sociaux par année pendant trois ans, mais cet acquis est menacé si le gouvernement Charest persiste à ne financer que 2000 unités par an à l’échelle du Québec.

 

Des familles sans logis

« Je m’enligne pour aller rester dans le 4 1/2 de ma mère, avec mes cinq enfants. On va être sept dans un 4 1/2. Ça fait trois mois que je suis en maison d’hébergement, pis c’est pas évident. Y’en a pas de logements pour les familles. Personne veut nous entendre. Personne veut nous écouter ».
Christine, Rouyn-Noranda

« Je suis mère de 4 enfants. Là, je suis carrément dans la rue. Je fouille chaque semaine dans le Nord-Est. Je fouille partout. Il y en avait un logement de libre à 1000 $ par mois, pas chauffé, pas éclairé. Comme j’ai pas encore de pension alimentaire j’aurais pas été capable de m’administrer. À ma séparation, j’ai perdu ma maison, j’ai perdu mes meubles, j’ai perdu mon auto. Quand je suis arrivée ici, j’avais juste ma valise et mes enfants ».
Nadia, Sept-Îles


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Dernier ajout : 19 mai 2013.

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